Dernier article de la série sur la santé mentale dans le massage bien-être dans laquelle nous allons aborder le côté prise en charge de la clientèle.
Je sais que le terme de praticien bien-être est utilisé de manière très courante pour qualifier les masseurs et masseuses bien-être.
Mais la raison pour laquelle cette appellation a été utilisé à l’origine est plus pour une raison juridique, les termes relatifs au massage étant à l’époque réservés aux kinés, que pour donner une définition précise de l’activité.
Or, depuis 2016, les termes de massages, masseurs et masseuses ne sont plus du tout limités dans leur utilisation, rendant ce terme de “praticien bien-être” obsolète.
Pour autant, l’idée soulevée par ce terme de “praticien bien-être” peut-être aussi une porte ouverte sur l’élargissement du champ d’action des masseurs et des masseuses bien-être et de leurs rôles dans le bien-être psychologique et physique de leurs clients.
La santé mentale est l’un des domaines clefs de notre époque
Et elle est destinée à devenir de plus en plus prépondérant ces prochaines années.
Il ne vous a pas échappé que nous vivons une époque assez anxiogène.
Et entre les conflits armés, les problèmes sociaux, le dérèglement climatique…
Tout ceci renforcé par la course au buzz de la plupart des leaders d’opinions, prenant un malin plaisir à mettre de l’huile sur le feu…
Dont certains organes de presse se font bien volontiers le porte-voix afin de contenter leur dieu “audimat et part de marché”…
On ne peut pas dire que nous sommes dans une trajectoire destinée à nous sortir le cul des ronces.
Chaque année, le nombre de personnes touchées par des troubles psy, augmente de manière conséquente et régulière.
D’ailleurs, la France est réputée pour être l’un des pays qui consomme le plus d’anxiolytique et antidépresseur au monde.
L’impact sur la société est énorme et aucun secteur d’activité, aucune classe sociale n’est épargnée.
Des agriculteurs aux forces de l’ordre, du secteur médical à la restauration, des classes populaires aux plus aisées, tout le monde est concerné par le phénomène.

Un héritage de la conception archaïque de la société des générations passées, comme environnement aggravant
La vision patriarcale de la société commence tout juste à se fissurer.
Pour autant, la transmission générationnelle, même involontaire, continue à faire son œuvre et les conséquences sont plus sournoises qu’on ne le pense.
La vision de l’homme fort, qui encaisse les coups et marche sous la tempête… tandis que la femme, pilier du foyer, doit tenir au bout de bras l’ensemble de l’écosystème familial sans broncher, et avec le sourire…
Tout ceci n’est pas propice à l’expression de sa souffrance ou de ses difficultés.
Et même ces femmes courageuses luttant pour vivre la vie qu’elle souhaite vivre en toute liberté, doivent souvent faire preuve de deux fois plus d’effort et d’abnégation que certains hommes pour prouver leur valeur et se faire une place.
Alors qu’elles méritent pourtant tout autant (sinon parfois plus).
Ici aussi, rien n’encourage à l’expression de ses difficultés, des douleurs ou des passages à vides, qui seraient considéré comme un signe ostentatoire de faiblesse.
Mais même les hommes dits “déconstruit”, pris en tenaille entre leur éducation, leur entourage personnel et professionnel, leur propre affirmation personnelle et la personne qu’ils tendent à devenir…
Un numéro de funambule épuisant qui laisse peu de place à l’expression de son mal-être ou de son inconfort psychologique.
Une sensibilisation à la santé mentale quasiment inexistante dans la société.
Pour beaucoup de personne encore, se faire suivre est un aveu de faiblesse, ou alors rentrer dans la case des malades mentaux.
Donc, ils prennent sur eux, tant qu’ils le peuvent, jusqu’au jour où les digues cèdent.
Et le peu d’initiative en la matière, sont plus proches d’une forme de “psy-washing”, que d’une réelle considération de la santé mentale de la population.
Et les conséquences sont visibles et mesurables :
- Le nombre de burnouts qui monte en flèche
- Des secteurs d’activité complètement désertés
- Une montée d’un rejet total envers les institutions
- Une violence accrue dans les interactions sociales
- Des parents de plus en plus submergés par les difficultés
- Des professeurs qui baissent totalement les bras
- Des enfants de plus en plus largués
- Une augmentation de la consommation d’alcool et de toxiques
- Des personnes qui se tournent vers des alternatives bien-être douteuses, voire dangereuse
Cet environnement toxique est propice au développement de troubles psychologiques et de phobies dans la population.
Et une grande partie est déjà sujet à ces troubles, sans même s’en rendre compte.
Peut-être même vous qui êtes en train de m’écouter.
Le problème, c’est que la frontière entre “je suis en souffrance” et “j’ai besoin d’aide” est parfois très mince.
Et qu’au moment où l’on décide de faire quelque chose, c’est qu’on a déjà atteint le seuil de l’insupportable.
Le rôle des praticiens bien-être dans la santé mentale.
Que les choses soient parfaitement claires : les masseurs et masseuses et tous les autres professionnels de la catégorie ‘praticien bien-être”, ne sont pas des thérapeutes, ni des professionnels de la santé mentale.
- Ils ne peuvent pas poser de diagnostic
- Ile ne peuvent pas conseiller un traitement
- Ni porter un jugement sur un traitement en cours.
Et ce :
- Quoi que vous pensiez savoir sur le sujet
- Quelle que soit l’expérience que vous pensez avoir sur telle ou telle affection.
- Même si vous êtes vous-même êtes ou avez été concernés par l’affection en question
Il en va de la sécurité de votre client et de la vôtre.
Et surtout de ne pas sortir du cadre légale de notre profession pour tomber dans la pratique illégale de la santé, le charlatanisme ou la mise en danger de la santé d’autrui (qui sont punis tous trois assez lourdement par la loi).
Pour autant, le praticien bien-être peut être le chainon manquant, la passerelle entre le grand public et les professionnels de la santé mentale.
Une approche holistique dans la prise en charge de son client
Ce n’est pas parce que les masseurs et masseuses bien-être ne sont ni des thérapeutes, ni des soignants, qu’ils n’ont aucun impact sur la santé mentale et physique de leurs clients.
Les bénéfices du massage sur la santé sont prouvés et ne sont plus à démontrer.
Mais de la même manière que nous ne proposerions pas la même séance à un sportif qu’à une femme enceinte.
Pourquoi ne pas apporter la même attention et le même soin, aux différences de profils psychologiques des personnes qui arrivent sur la table de massage ?
Les tensions psychologiques que certaines personnes peuvent chercher à atténuer en venant se faire masser peuvent avoir des multiples origines.
Cela peut être un simple coup de fatigue ou un léger surmenage, comme venir de problématiques plus profondes et lourdes.
Et le lien de confiance qui se crée entre le masseur ou la masseuse et son client, peut-être une porte d’entrée vers un échange constructif et informatif.
Ainsi, il est possible à la fois d’apporter une séance plus adaptée à son état actuel et d’éventuellement l’orienter vers un professionnel de la santé, si son état vous semble préoccupant ou peut nécessiter des investigations supplémentaires.
Permettre à l’autre de pouvoir se livrer, sans jugement, suffit parfois organiser sa pensée et à lui apporter du bien-être.
Cela peut aussi permettre certaines prises de conscience qui peuvent l’amener à vouloir travailler sur lui, ou à se faire aider.
Il n’est pas nécessaire d’être un professionnel de la santé mentale pour aborder le sujet de la santé mentale de quelqu’un.
Aborder le sujet et amener le client à réfléchir sur son état peut être un déclencheur…
Mais encore faut-il avoir un minimum de base sur le sujet pour comprendre de quoi il est question et apporter de réelles clefs de réflexion.
- Les principaux troubles et leurs implications
Pour éviter les fausses croyances et les stigmatisations, et qui vous aidera à adapter vos séances en conséquence.
- Les principaux traitements et leurs effets éventuels
Afin que vous ne sachiez de quoi il en retourne s’ils vous disent prendre telle ou telle médication (car certains troubles physique et psychologique peuvent également venir de là).
- Les divers spécialistes
Afin de pouvoir les conseiller qualitativement si vous pensez qu’il serait bénéfiques pour eux de les réorienter vers la thérapeute adéquate.
Un positionnement bénéfique et enrichissant à tous les niveaux
Ainsi, le rôle du praticien bien-être prend une toute autre place dans la vie de votre clientèle.
En plus du rôle de masseur ou masseuse, le lien de confiance devient plus intime.
Cela permet de faire, à la fois, de la psychoéducation et une sorte de veille de la santé mentale auprès des gens qui vous font confiance.
Ainsi, vous leur permettez d’évacuer le trop-plein d’émotions, de les soulager d’une partie de leur poids, et, le cas échéant, les orienter en amont vers les bonnes personnes, avant qu’elles ne se retrouvent au bord du drame.

J’ai pu expérimenter les deux positions décrites ci-dessus
À la fois en tant qu’accompagnant d’une personne souffrant de trouble psy, que de concerné par les troubles psy.
Et j’ai pu mesurer intimement l’impacte énorme qu’une personne tierce, soutenante et informante, extérieure au parcours de soin, peut avoir sur la vie de l’autre.
Lorsque l’ont choisi le massage bien-être comme vocation personnelle, c’est généralement motivé par l’envie d’apporter de bien-être aux gens.
Donc pourquoi se limiter à la pratique technique stricto-sensu, quand il suffit parfois de si peu pour changer littéralement la vie de quelqu’un ?





